dimanche 18 septembre 2016

Les dames de Riprole T1: La Dame du Vallon Perdu d'Eve terrelon

La Dame du Vallon perdu.

Résumé

En l’an de grâce 1416, Isabelle, sœur désargentée du ténébreux Arnault de Riprole, prend la route pour rejoindre le château de son fiancé. Sujette à une guerre endémique, la campagne normande est peu sûre et le charroi se fait attaquer. Sauvagement molestée, Isabelle est secourue par Tristan, un chevalier errant. Reconnaissante, elle demande à son frère d’accueillir ce dernier au château, pour qu’il y passe l’hiver avec son écuyer. Le fief est pauvre et la vie s’organise entre les mystérieux déplacements d’Arnault et la passion de Béranger pour la musique. Découvrant peu à peu les blessures qui marquent cette famille, Tristan se sent l’obligation de veiller sur Isabelle.


Mon avis

Le récit se centre sur les deux protagonistes de la romance, Isabelle et Tristan. Eve Terrellon alterne les points de vue entre les deux personnages de manière immersive. Même si elle choisit la narration à la troisième personne, le ressenti, les émotions sont présentés avec précision et justesse. Le style fluide et élégant entraîne donc rapidement le lecteur dans le roman, dans la romance et dans l’histoire. En effet, le contexte historique influe de manière réaliste sur la vie des personnages principaux et secondaires.

Les deux personnages principaux, bien que peu nuancés, sont attachants et bien caractérisés. 
Isabelle, comme Tristan ont connu bien des épreuves dans la vie et celle-ci continue de ne pas les épargner. Tristan sauve Isabelle après qu’elle ait été victime d’une agression et d’un viol, alors qu’elle se rendait chez son futur époux pour un mariage de raison. De son côté, Tristan, chevalier, cache de lourd secrets et dissimule ses mystères derrière son titre et sa vie errante. 
Isabelle, marquée par les événements, se montre souvent courageuse et plutôt mature dans son comportement: entre douleur et honte, elle surmonte sa peine et ne se laisse pas abattre. Charmante, on ne peut qu’éprouver de la compassion pour son état, à l’instar de Tristan. Celui-ci, par contre, intrigue par ses non-dits, liés à une promesse, qu’on ne comprend que tardivement. Il ne manque pas de charme pour autant, comme tout vrai chevalier : courtois et attentionné, vite apprécié de tous.

La relation entre les deux amoureux se développe doucement. L’auteure prend le temps de nous conter l’approche et l’amitié qui les lie. Quand les sentiments deviennent plus affectueux, tout se complique entre eux, car le secret de Tristan dresse un mur infranchissable. Si il torture le jeune homme, il laisse Isabelle dans une incompréhension et une frustration qui lui demanderont beaucoup de patience. 
La romance s’appuie plus sur la tendresse, le respect et la complicité, ainsi que la difficulté de se rapprocher d’Isabelle et Tristan. La sensualité reste explicitement peu présente.

Les personnages secondaires sont également bien traités par l’auteure et enrichissent le récit. Tous possèdent un rôle utile: tuteurs, amis et confidents. Ils se rendent attachants par leur personnalité et leur caractère.
Les relations entre Isabelle et ses frères Arnault et Béranger s’avèrent intéressantes: Béranger doux et rêveur qui veut devenir ménestrel et Arnault qui doit assumer le rôle de seigneur et maître de la famille et dont la froideur, voire la cruauté, se teintent de tristesse et compassion dissimulées. Ce dernier souvent incompris, certainement seul, joue un peu le « méchant de l’histoire », bien malgré lui , parce que la vie n’a pas été tendre avec lui non plus et qu’il a à cœur de bien faire et d’assumer avec dignité ses fonctions: un personnage influent et charismatique.  

Le contexte historique explique bien des événements et comportements. Sans noyer le lecteur, Eve Terrelon met judicieusement en place l’Histoire dans le récit, dans sa façon de marquer la vie et le quotidien des personnages et c’est très appréciable.

En conclusion: Eve Terrelon exploite à merveille le contexte historique, utilisant les détails pertinents, qui donnent du réalisme au récit, ainsi que pour étayer la romance. Même si peu axée sur la sensualité, celle-ci fut très agréable à lire et à relire, avec des personnages attachants et justes. La belle plume de l’auteur y contribue également. Et, bonus non négligeable, la couverture est superbe !
Je suis en général difficile en matière de romance, mais celle-ci a su me toucher par sa sensibilité et sa simplicité. J’attaque de suite le deuxième tome avec grand plaisir !

mercredi 14 septembre 2016

Requiem pour âmes d'ombres de Jean Michel Archaimbault




Résumé

"La Fée Noire... Un vrai cancer mental !
Des ondes négatives et destructrices émanaient de ce monstre. Des vagues de terreur pure, glaciale, paralysante.
L'homme en était arrivé à un point que je ne connaîtrais jamais. Il ne savait plus sortir de l'impasse dans laquelle, en jouant, je l'avais conduit à s'enfermer. Il avait essayé de fuir en composant des images transfigurées, abstraites, pour tenter d'y voir plus clair en lui-même. Mais il n'en avait que replongé, et plus profond encore."

Soudain, l'été 1989. L'été d'incertitude…
Il peut suffire d'un rien à des hantises oubliées et à des fantasmes enfouis pour remonter à la surface. Alors, un désir inaccessible exige son aveu. Des rêves sûrement cryptés imposent leur récit. Des lieux connus depuis l'enfance demandent à se dévoiler dans le prisme d'un imaginaire parfois traumatique. L'envie de fuir n'importe où, hors du monde, cherche à s'exprimer dans toutes les nuances de l'angoisse ou de l'étrange. Puis tout un équilibre menace de se rompre.
Mais quel sera le terme de ce voyage au bout de la nuit ? Les ténèbres des abîmes, ou un chant de REQUIEM POUR ÂMES D'OMBRE... ?

Après Seentha, son space opera wagnérien, flamboyant et désespéré, voici Jean-Michel Archaimbault "plus noir que vous ne pensez" dans un tout autre registre.
Quinze textes de fantastique intimiste, sans monstres ni horreurs tangibles, où démons et merveilles surgissent de l'inconscient profond. Quinze perspectives ouvertes sur la fascination ou le vertige...




Mon avis

En ouvrant le recueil, j’ai eu la bonne surprise de trouver une préface écrite par Anne Guduël (la regrettée Gudule), dont j’ai découvert la plume avec « Dancing Lolita », extrait du « club des petites filles mortes ».
Elle nous parle de l’auteur « Jean Michel Archaimbault », de sa plume poétique, de son univers teinté d’irréalité: la frontière avec le réel reste toujours floue, celui-ci contaminé par les mondes imaginaires de l’auteur. Elle évoque sa plume poétique et sa subtilité, présentant les 15 nouvelles comme des « des échappées ». L’envie de commencer le recueil, comme un voyage onirique, s’installe à la lecture de cette préface savoureuse  et on a hâte de s’y plonger !

On sent les deux auteurs proches, liés par une « sensibilité jumelle ». Il me faudra dès que possible me lancer dans la lecture du « Club des petites filles mortes » également. (c’était déjà mon intention, mais me voilà d’autant plus motivée.)
Cette complicité littéraire se dévoile un peu plus dans le premier écrit : Petit fragment resté dans la pénombre, prélude initial actualisé et inédit au « Club des petites filles mortes ». L’auteur évoque le livre, Dancing Lolita entre autre et s’adresse à Gudule, pour faire écho à ses paroles, à leur complicité partagée. Un bel échange, une belle amitié.

Les nouvelles sont toutes présentées par l’auteur, qui y cite ses inspirations, ses influences (rêves, auteurs comme Lovecraft ou Dunsany et textes écrits pour un thème précis, pour une anthologie). Il nous accompagne le long des récits, nous invite et nous met à l’aise. On sent son investissement. Celui ci qui paraît d’autant plus personnel, car l’enfance, les souvenirs qui y sont liés, ainsi qu’une dose de nostalgie apparaissent dans certains écrits : à la lecture, on sent le vécu. La narration à la première personne accentue ce sentiment que souvenirs réels et imaginaires se côtoient, entre rêve et réalité.

Dans le recueil, on retrouve une narration bien maîtrisée, quel que soit le point de vue adopté, que ce soit à la première ou troisième personne. Jean Michel Archaimbault joue même avec ces points de vue, pour renforcer l’ironie par exemple dans La faute aux fusées.
Il sait également faire monter la tension dans ses récits, entraîner le lecteur. Les style y contribue aussi: riche, soigné et poétique, avec de belles descriptions, nombreuses, précises, parfois courtes, mais toujours efficaces. On vit le récit, on s’y projette, y plonge avec plaisir, surtout une fois que la réalité bien ancrée se trouble pour laisser entrer le fantastique.
A travers le thème de l’enfance, l’auteur fait parler son imaginaire, car c’est l’âge où tout est possible. Il se rappelle « le petit citadin à l’aise à la campagne ». Il fait parler ses fantasmes et peurs dans des lieux qui lui sont familiers depuis longtemps (très prégnants dans le recueil), ou d’autres qu’il a visité (Branwyn par exemple se déroule en Irlande): des lieux qui l’ont influencé et inspiré. Il se révèle à demi-mot, mais entrouvre des portes, où s’infiltre toujours réel et imaginaire.
Il utilise également avec brio les hasards, pour amplifier l’ironie du sort, mieux piéger ses victimes et le lecteur. Dans Jeux d’une âme d’ombre et Requiem pour âmes d’ombres (première et dernière nouvelle du recueil, deux parties d‘une même histoire), une âme damnée se fait prendre à son propre piège.

La frontière entre réel et imaginaire s’avère donc fragile, les récits oscillant entre merveilleux et angoisse (voire menace), selon la porte qui s’ouvre au lecteur. Parfois, l’entrée se fait dans notre monde, l’étrange s’invitant dans notre réalité, parfois, un passage s’ouvre entre deux mondes ou deux dimensions. L’auteur parvient même à les faire se chevaucher dans un angle, comme une fissure entre réel et invisible : le surnaturel peut investir notre monde, comme on peut y entrer ou se retrouver prisonnier. Entre échos d’autres époques, menaces provenant de personnages hostiles (comme la bête, le vampire psychique), on retrouve aussi les amis imaginaires, et d’autres personnages issus du folklore ou de l’imaginaire enfantin.

Beaucoup des nouvelles évoquent finalement la fuite d’une réalité peut être trop présente, et/ou de l’âge adulte. Que ce soit une fatalité ou un choix, l’invitation des mondes fantastiques semble trop tentante pour les personnages principaux et pour le lecteur qui profite de l’évasion.

La mise en place de l’atmosphère favorise cette échappée, en teintant d'imaginaire la réalité avec subtilité et légèreté. La dimension fantastique, le flou onirique introduits par l’auteur restent en effet crédibles, donnent envie d’y croire le temps d’une lecture, voire plus pour les rêveurs...
Seul petit bémol, la transition entre réel et quotidien semble parfois abrupte.

Le recueil se termine sur un article : Une Académie Pour Perry Rhodan, série de science-fiction qui tient particulièrement à cœur à Jean Michel Archaimbault et qui a su éveiller mon  intérêt.

En conclusion, j’ai retrouvé le style de Jean Michel Archaimbault avec grand plaisir. Quelle belle plume ! Le recueil m’a permis de le découvrir sous un autre format, la nouvelle, que j’ai bien apprécié. Si je devais citer ma nouvelle préférée, je citerai sans doute La fraternité de Molua et ses étranges créatures des lagune ou Dix de la masse critique, où les livres deviennent des personnages à part entière du récit, mais beaucoup d’autres me viennent à l’esprit. Entre rêve et  réalité, ce livre correspond bien au blog, car évidemment, j’ai aimé cette frontière invisible et fragile que l’auteur sait imposer, cet imaginaire qu’il laisse se déployer. Un recueil à découvrir !



Retrouvez d'autres chroniques des romans de Jean Michel Archaimbault sur ce blog :



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vendredi 26 août 2016

At the tunnel's end, de Laure Izabel




Résumé

Nous n’aurions jamais dû nous rencontrer. Et pourtant... ! Peut-être était-ce le moment d’oser affronter celui que je croyais être, ce à quoi j’aspirais ?

Toujours est-il que des portes se sont ouvertes dès cette fameuse nuit, des portes que je pensais avoir fermées pour de bon. Or, j’ai franchi leurs seuils précipitamment, le cœur marqué d’espoir : entre autres, celui d’être moi-même. Quand bien même les dommages collatéraux me coûteront...
Romance, érotisme et bisexualité dans ce nouveau roman de Laure Izabel.




Mon avis



La couverture et le titre énigmatiques prennent sens, au fil de la lecture et pleinement à la fin de celle-ci : ils symbolisent le chemin parcouru.
Le récit démarre par une rencontre, celle du personnage principal, qui raconte son histoire à la première personne, et celle de Carolanne, jeune SDF, sur le point de mettre fin à ses jours. Il va lui sauver la vie et elle va chambouler la sienne. Cette seule rencontre représente un déclic : il ouvre les yeux sur lui-même et sur sa vie.

Rien ne prédestine ces deux personnages à se croiser, car ils appartiennent à des univers trop différents, si ce n’est le destin… 
Il représente l’archétype de l’homme parfait : beau de corps et de cœur, le fantasme de bien des femmes, une célébrité qui a réussi. Il endosse les rôles qu’on lui fait jouer avec aisance, que ce soit sur scène ou dans la vie. Celui du séducteur au boulot et sa vie tranquille auprès de Jane, sa femme. 
Elle est SDF depuis des mois, désespérée et ne possède rien, quand lui a tout. 

Ce sont deux solitudes qui se croisent. Si on comprend vite celle de la jeune fille, laissée pour compte, le personnage principal révèle vite les failles de sa vie : le côté artificiel de sa profession, la froideur de sa femme Jane (opposée de Carolanne : c’est une femme superbe, possédant une carrière mais boudant les plaisirs simples de la vie). Il est fatigué par son côté superficiel et trouve en Carolanne un baume de fraîcheur.
Carolanne s’avère une jeune femme toute en ambiguïté : elle ne cède pas immédiatement à son charme et se montre d’abord méfiante, mais quand le dialogue commence, ses réparties piquantes sont savoureuses : sa fragilité et sa force la caractérisent. 

La situation évolue favorablement entre eux, devient plus intime, avec des discussions et petits gestes : pas d’impatience, une langueur douce, une rêverie poétique et sensuelle. Il se dégage de la jeune femme une sensualité brute, une magie subtile, qui va vite le rendre dépendant. Un lien naît ce soir là, qui ne fera que se développer entre eux, que ce soit dans la complicité ou la douleur.
Jane, d’un autre côté, se présente sous un jour très stéréotypé. Elle devient vite la méchante qui piège son mari par ce contrat matrimonial, puis par la naissance de sa fille Beth, qu’elle délaisse vite.

La naissance de sa fille s’avère d’ailleurs un autre élément déclencheur dans la remise en question du personnage. 
Il se sent prisonnier d’une vie qu’il n’a pas choisi (en tout cas pas ainsi). La situation s’envenime rapidement avec Jane. Les non-dits avec Carolanne, les malentendus, les disputes avec sa femme et la frustration le mènent vers la dépression. Sa fille est son seul rayon de soleil. 

Un choix s’impose. Sa vie doit changer, mais comment ? Il ne veut pas s’avouer ce dont il a réellement besoin. 
Sur ce chemin semé d’embûches, son meilleur ami et ancien amant Tim (dont il s’est séparé, quand il a décollé dans sa carrière et rencontré Jane), en qui il a entièrement confiance, va l’aider à y voir plus clair. C’est un personnage également essentiel à l’intrigue. 

Même si l’histoire est contée par le personnage principal, les personnages secondaires possèdent autant de consistance, avec une personnalité bien mise en place et auxquels on s’attache rapidement. Sauf Jane bien sûr, puisqu’elle tient le mauvais rôle. Contrairement aux trois autres, je l’ai trouvé, moins nuancée, présente pour jouer son rôle dans l’intrigue. C’est le seul bémol que j’ai ressenti, car comme avec OPJ1 (autre roman de l‘auteure, que je vous recommande vivement), Laure Izabel a su dès le début du récit capter mon attention et me scotcher à la liseuse. 

Le style fluide de l’auteure, tantôt sensible, tantôt efficace, les dialogues naturels, voire savoureux, la narration entraînante sont des qualités que j’ai retrouvé dans les deux écrits. Le ton, les personnages, la narration sonnent justes. Les scènes intimes présentes dans celui ci, sans être explicites, s’ajoutent au plaisir de la lecture , car elles oscillent entre sensualité sauvage et gourmande, entre plaisir de retrouver des repères, de la familiarité et celui de la découverte, de la nouveauté.

La fin est à la fois surprenante et logique, mais je n’en dévoilerai pas plus… Elle dépasse nos espérances, sort des sentiers battus et on ne peut qu’apprécier !

En conclusion, ce fut une lecture coup de cœur et je suis définitivement fan de la plume de Laure Izabel. Je découvrirai ses autres écrits avec plaisir. Merci au forum Au cœur de l’Imaginarium et aux éditions L’ivre-book pour cette belle découverte.

jeudi 25 août 2016

Erections romaines 1, de Julien Ligny



Résumé

Un texte coup de poing, du sexe débridé : Érections romaines, une série gay à découvrir chez Sexie !

Un Post-it de rupture. Quatre ans de couple dans la figure. Germain perd pied, pète un câble et prend le premier train pour Rome. Avec une seule idée en tête : niquer le plus de mecs possible, les enfiler à la chaîne et ne plus penser à rien d’autre qu’à sa bite. Oublier tout le reste. Traîner dans Rome jour et nuit, le sexe épais au fond du fut, enchaîner les plans entre potes, les soumis à tirer, les orgies à l’improviste… Surtout faire durer l’abattage au maximum et ne plus jamais désirer un mec plus de quelques heures. Mais est-ce vraiment possible ? Peut-on remiser pour toujours ses amours au placard ?


Mon avis


Le premier épisode d’« Érections romaines », au titre provocateur, à la couverture simple et belle, fait parti de la collection Sexie by la Musardine. Il s’agit d’une série gay, qui fait l’objet de plusieurs épisodes. 
Dés la présentation, le lecteur est prévenu, il s’agit d’une série érotique aux scènes trash et débridées, pas de la romance MM. Les sentiments ne sont pas au centre de la série. 

Sous le coup d’une rupture, le personnage annonce également la couleur dès le début : il compte combler le vide, dompter la colère par le sexe, seule solution pour oublier sa douleur. Déterminé et désespéré, il en veut beaucoup, avec de nombreux partenaires, sans émotion parasite, à la chaîne…

La narration à la première personne, immersive, plonge immédiatement dans l’histoire et ne laisse pas de temps mort car, si la nouvelle est courte, elle s’avère intense. Seul son point de vue importe, il ne se soucie de l’autre que par jeu, reste au centre de l’histoire, donc le choix de cette narration semble on ne peut plus judicieux. 
Il y a d’ailleurs peu de dialogues, le personnage se contentant de sa version des faits, un monologue dense, révélant ses envies, son ressenti.
L’écriture fluide, naturelle, efficace s’adapte parfaitement au récit.

Dans le train en partance pour Rome, il rencontre son premier partenaire : un employé de train, un « blondinet », qui correspond à ses attentes. Le jeune homme étant facile, malléable et soumis, il profite de différentes situations pour se servir de lui, jouer avec lui et plus, bien entendu. Passant de froid à provocateur, charmant à limite violent, il s’amuse avec sa première « proie », varie les situations, certaines plus intimes dans la cabine du train, d’autres plus exhibitionnistes, contre la vitre du train ou dans le wagon restaurant où l’employé travaille. Le personnage principal aime profiter des opportunités, fantasmer, humilier… Rien ne l’arrête et le « blondinet » aime se prêter au jeu.

Il m’a semblé sentir dans ce besoin de dominer de la part du personnage, dans son besoin de maîtriser et sa violence sous-jacente, les conséquences de sa colère et de sa douleur. Même s’il joue les indifférents, le maître du jeu, il ne contrôle pas ce côté désespéré dans les scènes de sexe et cela se traduit par une brutalité gratuite. Peut être qu’il y transpose son envie de revanche sur « l’autre ».
Le choix du partenaire aussi ne semble pas laissé au hasard, même si le personnage principal ne veut pas le reconnaître, l’appelle vulgairement, et fait tout pour le dépersonnaliser (intentions et vocabulaire employés). Par la même occasion, il se déshumanise (manière d’échapper à lui-même ?). Pourtant, il ne lâche pas prise sur son « blondinet », même si une autre occasion s’est présentée.

Les scènes de sexe sont largement explicites, bien décrites, avec un langage cru, volontairement toujours à la limite du vulgaire, reflétant la brutalité des intentions et parfois des gestes. Le ton est pourtant juste. On oublie tout préliminaire, tout est direct, le personnage aime maîtriser et se faire craindre.
Les scènes sont variées selon les situations. Si certaines se teintent d’un côté trash, d’autres (moins nombreuses cependant) sont plus sensuelles. Pas de tendresse pour autant, ou tout au moins le personnage ne voudrait pas le reconnaître et la narration est à la première personne.
Les scènes exhibitionnistes paraissent plus invraisemblables, mais se fondent dans le récit sans problème, et l’auteur arrive à leur donner la crédibilité voulue.

En conclusion, il s’agit d’un épisode dense et intense, dont les scènes possèdent un côté trash indéniable. Mais, derrière un personnage sûr de lui, maître des situations et à la recherche de « chair fraîche », on remarque une fêlure due à la séparation. J’avoue être impatiente de lire la suite, pour voir comment les choses vont évoluer. 
Merci au forum « Au cœur de l’Imaginarium » et à Sexie by La Musardine pour la découverte de cette série très chaude.

mercredi 24 août 2016

Mortelles attractions, d'Yves-Daniel Crouzet




Résumé

Une soirée pyjama qui ne se passe pas du tout comme prévu, un appartement de banlieue et son ignoble secret, une histoire d’amour et de dupe, un assassin qui souffre de TOC, un autre qui considère le meurtre comme une méthode de développement personnel, de petits jeux amoureux pas si innocents que ça…
Yves-Daniel Crouzet, lauréat du prix du jury du roman de l’été Femme Actuelle 2009, n’a pas son pareil pour nous décrire la psychologie des psychopathes et nous entraîner dans un cruel jeu du chat et de la souris.
Heureusement, l’humour et l’ironie désamorcent souvent l’horreur de la situation et provoquent chez le lecteur un éclat de rire salutaire.
À moins que ce ne soit le rire de la folie communicative…

Mon avis

Si la couverture du recueil semble sobre, le titre « Mortelles attractions » reste bien révélateur du contenu proposé. Les nouvelles entrent toutes dans cette thématique, en flirtant avec folie et manipulations, savamment teintées d’une ironie et d’un cynisme exacerbés, parfois dérangeants, mais dans le bon sens du terme. Les fins y sont tragiques : pas de happy end, mais du frisson. Lecteurs, vous voilà avertis !

Même si les récits ne sont pas toujours originaux, Yves Daniel Crouzet réussit à imposer une cohérence sur le fond, explorant diverses situations et divers panels d‘attractions, mais aussi sur la forme dans la construction de ceux-ci. 

En effet, « Attractions mortelles » nous révèlent bien des pièges machiavéliques, où se côtoient bourreaux et victimes. Que l’on se centre sur les premiers ou les seconds dans chacune des nouvelles. On assiste à leur chute progressive ou vertigineuse dans une folie meurtrière, salvatrice pour ceux qui tombent dans la décadence de leur vice, désespérée et fatale pour les autres. L’ambition, la cupidité, la violence et la luxure y sont de bons moteurs, pour entraîner les personnages et le lecteur. 
On plonge parfois dans une dimension tellement horrible et morbide, qu’il semble que le voile de la réalité est déchiré, mais l’auteur s’accroche tout de même la plupart du temps au réel, car l’être humain possède, par nature, bien des zones d’ombres. 

De plus, Yves Daniel Crouzet sait à merveille ancrer les personnages et le lecteur dans un quotidien relativement banal pour sombrer peu à peu dans l’horreur.
L ’ humour noir, voire morbide aide cette mise en place macabre. Rien n’est laissé au hasard : personnages, situations et évolutions. J’ai été happée, scotchée à la liseuse, enchaînant les différentes histoires sans le moindre ennui, goûtant avec plaisir à la plume ironique d‘Yves Daniel Crouzet, d’autant que son style est particulièrement fluide et agréable, adapté au genre et à la thématique adoptée. Les dialogues et descriptions sont également introduits à bon escient et de manière naturelle, jamais gratuitement.

Les chutes s’avèrent généralement sans surprise, mais toujours marquées par la noirceur, et comme précisé auparavant sans d’autre issue possible que la mort : celle qu’inflige le bourreau ou celle de la victime. L’espoir n’y est pas permis ! Il s’agit donc d’un recueil très sombre, laissant souvent s‘infiltrer des atmosphères dérangeantes et même malsaines, mais qui se lit avec grand plaisir pour tout lecteur averti. 

On apprécie particulièrement la dernière nouvelle où se retrouvent, par hasard, les personnages des histoires lues précédemment. Elle y ponctue leurs messages sous-jacents : l’ironie du destin, la fragilité de la vie et la fatalité qu’on ne peut contrer face à la folie des hommes. Un final particulièrement réussi, qui fait sourire (jaune), mais laisse le lecteur vaguement inquiet quand à son propre sort… La vie ne tient finalement qu’à un fil.

En conclusion, ce recueil fut une très bonne surprise à la lecture et je le recommande aux lecteurs avertis, car il s’avère fort plaisant à lire, à défaut de vraiment surprendre. A lire sans modération donc, seulement si les « Mortelles attractions » ne vous font pas peur. 
Je remercie pour cette découverte le forum Au cœur de l’Imaginarium et les éditions l’Ivre-book.